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[Récit] Les vestiges du chaos

 
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Rulmic
archiliche

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MessagePosté le: Lun 21 Nov - 09:56 (2016)    Sujet du message: [Récit] Les vestiges du chaos Répondre en citant

A vot bon coeur amis joueurs...
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MessagePosté le: Lun 21 Nov - 09:56 (2016)    Sujet du message: Publicité

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MessagePosté le: Jeu 24 Nov - 18:15 (2016)    Sujet du message: [Récit] Les vestiges du chaos Répondre en citant

21 Juillet 1980 , 20h30
Putain Bagnolet ... Ils avaient pas encore plus loin comme lieu de rendez vous ? J'arrive dans le petit Bar, le Mac Fly, ils pleux des cordes dehors les joyeux orages d'été ....
Je rentre dans le rade, je me pose au comptoir, il y a 2 troupeaux, des mecs qui s’égosillent sur un match de foot (France / Allemagne si j'ai bien compris les aboiments des suporters). L'autre troupeau est bien plus éclectique, un Kepon, un handicapé en fauteuil, un prolo lambda, un mec a la tronche patibulaire. Je me pose au comptoir si c'est bien eux je veux voir si les mecs vont se faire dessouder dans les prochaines minutes sous mes yeux ou si hécatombe qui entour cette histoire ce calme. Le prolo viens me voir, il se présente, Théodore il s’appelle, il me demande si j'ai la clef et une montre. Je confirme au sujet des 2 questions. Il m'invite a leur table, de toute facon si je veux en apprendre plus sur la boite de Papy j'ai pas le choix. Les autre se présente, le loulou a la crête s’appelle Stan, L'handicapé s’appelle Jonah, Le type inquiétant s'appelle Robert. Ils commencent a parler des derniers jours, ils me parlent d'une montre qui permet de remonter dans le temps, je commence a baliser de siroter mon coca avec des tarés pareils. une détonation dans la rue, je bondi et sors dehors, une putain de poubelle Simca avec le pot percé. La discussion se poursuit, les mecs ont tous perdus pas mal de proche pour certains sous leurs yeux, visiblement ça défouraille sec autours d'eux. ils me parle de leur grands, père; Théodore sort une photo, je peux voir le grand père de chacun d'entre eux , Papy aussi est sur la photo . Ils étaient tous résistants et tous amis. J'en apprends tout les jours sur lui . Ils me parle ensuite d'un entrepôt a deux pas d'ici, il y a la bas une porte a 5 serrures, et visiblement la clef est la 5eme. Je décide de partir avec eux, avant j'ai un coup de flippe, je passe un coup de fil à Cécile , je lui dit d'être prudent pour elle et pour Benoit ces prochains jours. Elle me prends la tête encore avec ses idées a la con, je lui raccroche a la gueule ... Cruellement surement ... Fais chié c'est comme ça, elle sait être chiante des fois. Je monte derrière le mec inquiétant sur sa bécane, il tombe encore des cordes mais ca va le mec est prudent. De toute façon c’était ça ou se taper la fin du match dans le taxi de Théodore ... Je préfère encore la pluie. On arrive devant l’entrepôt, tout le monde connait l'endroit, tout le monde l'a visité chacun de son coté, certains par effraction , ce bon Stan a défoncé la porté a coup de rangos , l'handicapé a demandé poliment a visiter et c'est passé. Ils commencent a me parler de labos etc ... On entre par effraction , en mode pas discret, lumière allumées et tout . L’entrepôt est vide , Robert a fait une magouille pour refourguer les meubles, c'est cool le mec dilapide l’héritage de Papy ... Merci mec, je suis ravi de te connaitre ! Bref on arrive devant une dalle dans le sol avec 5 serrures a coté d'une grosse machine outil (visiblement déplacée). Ils mettent tous la clef, je les fais attendre. Je demande des explications, des informations supplémentaire. Les mecs , enfin surtout Jonah me sert l'histoire complète. Visiblement la boite de papy faisait du négoce de meuble en facade mais du blanchiment en coulisse, il y a visiblement rien a récupérer de cette boite ( fais chier pour Nassau ....). Les autres reprennent leurs conneries sur les montres qui remonte le temps. Du coup il me font hésiter. Si j'ouvre le sous sol et que ces tarés me butte au fond ? Je fini par accepter. On descend dans ce qui semble être a première vue une cache. On arrive dans un endroit cosy, joli mur de brique, beau parquet en chêne. Il a dans cette petite pièce des interrupteurs électrique et un par dessus, pendant que tout le monde regarde les petit boutons électriques je fais les poches du manteau. Un livre sur l’extrême droite, j'ai pas envie de chier donc pas besoin de papier ... Je donne le livre au gentil comptable handicapé, surement un giscardien dans l’âme ca lui plaira peut être comme lecture. On se lance dans l'exploration des autres pièces. C'est en fait un vrai complexe. Il y a une bibliothèque, un bureau, une cuisine, un salon, un atelier et même un bloc opératoire, le truc de dingue. On trouve plein de truc bizarre dedans, des objets étranges, des livres antiques et ésotérique, une sorte de grande fresque murale. Dans le bloc on trouve des poches de sang, il y a plein de nom , il y a toute la lignée de papa, même une poche de sang pour le petit de Cécile !! C'est quoi se délire ?! pourquoi stocker du sang pour un bébé ?! On fouille un peu, je trouve un dossier médical sur moi , il y a tout, ça me fait chier de trouver ça, je brûle le dossier ... C'est comme ça. aussi tôt le dossier fini de cramer il y a une putain d'explosion dans l'abri. Les minutes qui suivent ont un vrai enfer. Des mecs déboulent armés comme des dingues, j'ai pensé a des flics au début mais il parlait en italien et ressemblaient a des soldat en fait. robert attrape direct un fusil qui traînait, visiblement il sait comment manier le bazar, il les attends bien déterminé. Ensuite c'es tle chaos une fusillade de malade, je fil préparer un cocktail molotov avec le l'alcool a 90 qui traînait dans le bloc, Je confie a Théodore le rôle d’incendiaire. Je suis paniqué et reste un peu en retrait. lorsque je sens que ca commence a craindre je prends mon courage a 2 mains et saute sur un soldat pour le planter a la gorge alors qu'il allait buter Stan. On ne fait pas le poids face au soldat, on en butte 2 mais je décide de fuir, je suis gravement blessé Stan m'aide a me sortir de l'enfer. Alors qu'il s’éloigne de moi ... ou peut etre qu'il m’abandonne j'ai les oreilles défoncées par un larsen, je perd connaissance.  
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nanoga
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MessagePosté le: Ven 25 Nov - 09:54 (2016)    Sujet du message: [Récit] Les vestiges du chaos Répondre en citant

Ah! La belle brochette que nous faisons là. Entre le Stan le Punk, Ted le chauffeur de taxi, Joe le sportif en fauteuil roulant, David, le gars pas rassuré qui pose plein de questions et moi, on faisait tous un peu tâche dans ce bar pendant le match de foot. 
    
Tous des petit-fils de résistants qui ont survécu à cette putain de guerre (déjà) et on dirait bien qu'ils ont continué à se voir, et pas pour jouer au bridge (de toutes façons, ça se joue à quatre si j'ai bien tout compris). Bref, retour à l'entrepôt de Montreuil, où les potes de Manu ont "fait le ménage". Ils auraient quand même pu éviter de faire des trous à la barre à mine près de la trappe, merde! 
    
On utilise les clés et ça s'ouvre .Je vous raconte pas le bordel pour descendre un fauteuil roulant, même pliable, dans  ce puits qui faits au moins 6 m de profondeur! 
    
En bas, c'est pas le même décor, c'est carrément le palace! Tu m'étonnes que la note d'électricité soit salée. Il ya même des frigos avec de la bouffe, j'en profite pour casser la graine. 
    
Des souvenirs de la guerre, des bouquins, des bouquins, des bouquins, un bricolage électrique avec du matos bizarre, moitié super moderne, moitié antiquaire. 
    
Le plus dingue c'est la salle d'opération avec des poches de sang à nos noms et à ceux de nos proches. (pourquoi on les a tués, putain?). 
    
On fouillait, on regardait, y compris une fresque murale zarbi qu'on dirait un arbre généalogique mais vraiment zarbi et pas écrit en français. 
    
En plus, je trouve qu'on manque de réaction : y a des gens qui tapent comme des sourds sur le sol de l'entrepôt et nous on continue notre visite du palace des papys... 
    
Bref, quand l'explosion a retenti, que les lumières se sont éteintes et que les fumigènes se sont répandus, on n'aurait pas dû être surpris. 
    
J'ai pris un fusil de la guerre et l'ai armé pendant que chacun se planquait comme il pouvait. 
    
J'ai loupé le premier gars, un commando tout harnaché, lui, il ne m'a pas loupé. Putain, que ça fait mal! Mais touché seulement, je vais pas me laisser faire. 
    
C'est pire qu'à la guerre, parce que là, on sait même pas qui nous tire dessus ni pourquoi. 
    
On se regroupe dans la pièce devant la salle d'opérations et on attend. Chacun tape avec ce qu'il a trouvé: une grosse clef à molette pour Joe, un couteau de cuisine pour David, une lampe-torche pour Ted et Stan se retrouve avec une grosse bouteille donnée par David. Je les connais à peine et je trouve qu'ils ont vraiment des couilles, ces gars! 
    
On tire, on frappe, on prend des bastos, on en fout un ou deux par terre. Stan a piqué un flingue à un des commandos. Ces connards parlent italien. Je me fais plaquer au sol.  
    
"Derrière toi, Ted!" Il attrape un type et s'en sert comme bouclier, il a bien fait je crois. 
    
Je me reprends une rafale, je suis encore là, je sais même pas comment. 
    
Depuis un moment j'ai les oreilles qui sifflent.J'ai plus de bastos, le fusil que j'ai arraché à un commando me tombe des bras.Puis, c'est le noir, je tombe, je sais pas comment on va s'en sortir...   
    

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-Le monde se divise en deux catégories : ceux qui ont un revolver chargé et ceux qui creusent. Toi, tu creuses!
-Où?
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Adrien
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MessagePosté le: Dim 27 Nov - 08:50 (2016)    Sujet du message: [Récit] Les vestiges du chaos Répondre en citant

Spécial résumé de la fin pour Thomas, qui a malheureusement raté LE moment poignant de la partie. Je te laisse compléter le récit avec la réaction de ton personnage David. Je laisse également les autres joueurs rectifier si dans mon récit ne retranscris pas correctement leur RP (il était quand même 2h du mat au moment des faits Smile )




Le chaud soleil d'été d'Espagne se meurt lentement derrière les toits de tuile ocre. La ligne d'horizon semble s'enflammer, comme en échos aux feux de joie purificateur que la vindicte populaire allume dans Pigna libérée. Ces lueurs infernales confèrent une allure inquiétante aux mines creusées des cinq hommes réunis en conseil de guerre autour d'une traction poussiéreuse.


- "Si je résume, explique Joe tout en traçant à l'ide d'un bâton des dates et des noms sur le sol, nous sommes en 1936 dans le corps de nos grand-pères, au début d'une boucle temporelle que nous allons nous même créer afin d'empêcher des fascistes italiens de récupérer une technologie ancestrale. Ces mêmes italiens, menés par la Mère Dolorès, sont bloqués dans la boucle, transportés au moment où, en 1980, ils étaient sur le point de nous éliminer. Nos grand-pères - qui pourraient en réalité être nous !!! - pensent que nous pouvons éviter leurs erreurs passées et casser le continuum. Nous serions une tentative parmi des centaines d'autres..."


- "Sauf que la fameuse technologie n'existe pas encore en 1936, complète Stan, nous n'en sommes qu'aux proto-expériences. Il faut donc que nous prenions de vitesse Dolorès et ses sbires."


- "Pourquoi faire bordel ? On sait même pas c'qu'ils vont en faire d'leur truc pour voyager dans l'temps" le coupe Ted.


- "Changer le cours de l'histoire. Modifier l'issue de la seconde guerre mondiale. Perpétrer le fascisme."


- "Et on fait comment ? Nous n'sommes même pas des militaires !"


- "J'ai fait 5 ans de Légion..." marmonne Bob tout en mâchant une allumette.


La confidence impose un silence parmi les quatre autres hommes. Non pas un silence de gêne, mais de respect pour celui qui se livre spontanément sur un passé surement douloureux.


- "Pour quelle raison ?" finit par demander quelqu'un.


- "J'ai tué un homme quand j'avais 18 ans... Un accident de chasse, je le jure sur ma tête... Mais tout m'accusait, impossible de faire confiance à la justice. J'ai du fuir. Et puis il y a eu l'accident de voiture..."


- "Moi, ce sont mes parents que j'ai perdu dans un accident de voiture. Mes parents, et l'usage de mes jambes" ajoute Joe.


- "Oh merde les gars, c'est chié tout ça, s'exclame Ted. Ma mère est morte en 61, dans un attentat de l'OAS. C'est braque que nous ayons tous perdus un proche, non ? Et toi Stan ?"


- "J'ai perdu une sœur également dans un accident de voiture, mon frère aîné Paul s'en est sorti mais cloué sur un fauteuil. Mes parents ne s'en sont jamais remis, ça a brisé leur couple et notre famille. "


Chacun se perd quel qu’instant dans ses souvenirs personnels. Puis Stan sort un peigne de sa poche et d'un geste implacable réaligne ses cheveux parfaitement gominés sur une raie centrale. "Ecoutez, nos grand-pères savaient ce qu'il allait se passer et ont développé en conséquence des efforts incroyables pour permettre que nous soyons réunis. Il faut que nous allions tous dans le même sens, que nous restions unis. A partir de maintenant, on ne laisse personne derrière, quel qu’en soit le prix."


Bob tapote le beretta passé à sa ceinture : "Comme on dit dans la Légion, à la vie à la mort."


- "C'est exactement cela, reprend Stan. A la vie, à la mort."


D'un mouvement précis du pied, Joe efface son dessin sur le sol. Ce geste, pourtant d'une simplicité enfantine, lui arrache un sourire. "Nous nous la jouons collectif. A la vie à la mort."


Ted tire longuement sur sa cigarette, l'air concentré. Les autres comprennent qu'il met en balance son refus de tuer. "A la putain de vie à la putain de mort" finit il par lâcher.


Les visages se tournent vers David. "Et toi, tu en dis quoi ?"


 
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Rulmic
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MessagePosté le: Dim 27 Nov - 16:20 (2016)    Sujet du message: [Récit] Les vestiges du chaos Répondre en citant

Eté 36, Aragon. Témoignage d'un survivant.

Le 19 juillet, aux cris de «UHP» (Uniós Hermanos Proletarios), les hommes de la CNT, de la FAI, de l’UGT, du POUM et du Parti socialiste se jetèrent dans la rue. Les soldats qui quadrillaient la ville se révoltèrent. Les partisans du général Mola et de Franco, qui purent s’échapper avec quelques soldats qui leur restaient fidèles, se réfugièrent dans le château et au séminaire. Des individus isolés trouvèrent asile dans le cloître de Santa Clara et dans les églises.

Lorsqu’une société s’effondre, il y a toujours des excès : comme un animal que l’on a enfermé depuis longtemps et que l’on lâche subitement dans la nature, libre de toute entrave, l’homme asservi depuis des siècles tâche d’assouvir sa faim, de satisfaire ses désirs et ses rancunes ; alors il pille, brûle et tue. Dans les premières heures de liberté, on pilla : d’abord les armuriers pour se procurer des armes, puis divers magasins d’alimentation, de vêtements et de meubles. Je me souviens d’avoir vu emporter la porte d’une armoire à glace par un type habillé d’un pantalon rapiécé et d’une vieille chemise, pendant qu’à côté on mettait à sac la boutique d’un tailleur. Intrigué, je lui offris mon aide pour transporter une autre pièce du meuble. Il me répondit qu’il n’avait besoin que de la glace car sa femme ne désirait que cela depuis leur mariage.

Ceci dit, il faut que je reconnaisse que les syndicats et les autres organisations révolutionnaires prirent vite leurs responsabilités, et tout rentra dans l’ordre. Les ateliers et les usines reprirent leurs activités, les commerces se transformèrent en centres de distribution. Comme dans toute révolte populaire, on avait ouvert les portes des prisons, mais tous les détenus n’étant pas des prisonniers politiques, on organisa des services de surveillance : il ne fallait pas que ce qui appartenait à tout le monde fût détourné au profit de quelques-uns. Les consignes de surveillance ne furent pas confiées à des groupes spécialement constitués, mais à tous les ouvriers et militants de la ville. À tour de rôle, des volontaires allaient monter la garde ou patrouiller dans les rues.

Le curé, en Espagne et ailleurs, a toujours été l’allié indéfectible de dominants : Cura, cacique, Guardia civil, voilà les trois piliers de la société espagnole. Les ouvriers et les paysans étaient des esclaves dont cette trilogie pouvait disposer à son gré. Il suffisait de rentrer en conflit avec un de ces trois représentants de la classe dominante, même pour une cause futile, et le coupable était obligé de se soumettre ou de partir. S’il résistait, c’était le chômage, la misère, la prison. Les coups de feu, tirés du haut des clochers et du cloître, réveillèrent la haine et la soif de vengeance : la chasse au curé se déclencha. Combien furent tués ? Je l’ignore. Je me souviendrai toujours de l’un d’eux, taillé en athlète, qui, marchant devant deux paysans, répétait :
«Ne me tuez pas, par pitié, je suis père de famille. » Une double décharge le projeta la face contre terre. Un de ses meurtriers lui donna le coup de grâce en lui disant : « ¡ Tóma cabrón ! »

Moi, je regardais ce qui se passait autour de moi. J’étais sans arme. Dans le pillage d’une armurerie, j’avais bien pu avoir un fusil de chasse. Si mes souvenirs sont exacts, c’était un calibre 16, avec une poignée de cartouches que j’avais brûlées devant le séminaire. Une fois les munitions finies, n’ayant jamais eu des goûts de chasseur et trouvant le fusil trop encombrant, je l’avais refilé à un copain, qui me donna en échange un magnifique poignard. Ainsi, les mains libres et léger comme l’air, je me promenais en regardant ce peuple, ivre d’une liberté toute neuve, essayant de bâtir sa société sur des bases nouvelles.
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MessagePosté le: Lun 5 Déc - 17:38 (2016)    Sujet du message: [Récit] Les vestiges du chaos Répondre en citant

Eté 36, Aragon. Témoignage d'un survivant.

Je me souviens d'un soir, comme si c’était hier, où j'allai remplacer Miguel qui était de garde de nuit dans un immeuble administratif. J'étais à peine arrivé qu'il commença à pleuvoir. Un orage éclata, un vrai déluge avec éclairs et tonnerre et un vent à arracher les cornes d'un bœuf andalou. Mon ami, pressé de retrouver sa “ Teresita ” et après un “ ¡ Salud amigos, buenas noches ! ”, s'élança dans la rue et disparut. Je m'apprêtais à fermer le portail lorsqu'une femme vint s'abriter sur le seuil.
Habillée d'une vieille robe noire trempée, la tête couverte d’un fichu, je la pris pour une grand-mère et la priai de rentrer dans la loge du concierge. Là, une cheminée permettait de faire du feu. Une fois la porte fermée, je m'en fus quérir du bois à la cave. Je connaissais l'endroit pour l'avoir visité avec Miguel à l'occasion d'une autre soirée de garde. En remontant, chargé de bûches, je faillis tomber à la renverse : la grand-mère avait disparu. Une femme d'une trentaine d'années l'avait remplacée. Ses cheveux étaient coupés très court, elle priait à genoux, les mains jointes, et son fichu, posé sur le dossier d'une chaise, laissait tomber goutte à goutte l'eau qui l'imprégnait. J'avoue que ma première pensée fut de la mettre dehors, mais le tonnerre grondait, la pluie continuait de s'abattre avec violence. Je n'en eus pas le courage. Sans lui dire un mot, j'allumai le feu et je m'assis sur le sommier que l'on avait placé là pour permettre à l'homme de garde de se reposer la nuit, car une fois la porte d'entrée fermée de l'intérieur, il était impossible de l'ouvrir du dehors.

Elle priait toujours. Je la regardais sans savoir quoi faire lorsque je m'aperçus qu'elle tremblait et que l'eau qui imbibait ses vêtements formait un petit lac autour d'elle. J’allai voir si je lui trouvais quelque chose de sec à se mettre sur le dos. L'appartement du concierge était situé à l'entresol. Je m'y rendis en courant et, dans la penderie, j'eus la chance de trouver une jupe et un corsage, pas encore trop déchirés, ainsi que deux ou trois serviettes. C’était là le seul linge à peu près mettable. Arrivé en bas de la rampe d'escalier, je vis la porte ouverte. “ Merde, m'exclamai-je en français, elle est partie ! ” Non, elle n'était pas partie. La violence de l'orage l'avait arrêtée sur le seuil. Une rafale de vent et d'eau la repoussa en arrière. Je la pris par les épaules en lui disant : “ Allons, rentrez. Vous voyez bien que vous ne pouvez pas sortir. Je vous ai trouvé de quoi vous changer. ” Je refermai la porte. Une fois dans la loge, je jetai les effets que j'avais trouvés sur le sommier et je sortis à nouveau après lui avoir dit de se changer.
Dans le vestibule, je sortis mon pistolet. Je dégageai la balle qui était dans le canon et je bloquai le cran d'arrêt. J’avais une idée pour la mettre en confiance et la rassurer sur mes intentions. Une dizaine de minutes s'écoulèrent avant que je ne frappe à la porte. Pas de réponse. Je rentrai. Elle était encore debout à la même place, les bras croisés sur la poitrine, tremblant comme une feuille. Pour le coup, je me fâchai. D'un bond, je fus sur elle. Je lui dégrafai le haut de sa défroque, je la fis glisser sur ses pieds en même temps qu'une espèce de cilice qu'elle portait à même la peau. J'empoignai une serviette et je commençai à la frictionner avec rage. Lorsque j'eus fini, elle était complètement nue, son corps était rouge depuis la racine des cheveux jusqu’aux doigts de pied. “ Allez ! Habillez-vous. Qu'est-ce que vous attendez ? Que je vous viole ? ”, lui criai-je et, en me penchant pour ramasser ses vêtements mouillés, j'ajoutai plus doucement : “ Je n'aime pas la violence en amour. ”

Miguel m'avait laissé sa musette. Sa mère, sachant que j'allais souvent tenir compagnie à son fils, la préparait toujours pour deux. Je la vidai de son contenu et mis sur la table une bouteille de vin, un flacon de café, du jambon. La mère avait bien fait les choses et il y avait assez de vivres pour deux bons appétits. Elle s'habilla pendant que je mettais la table : un verre, un gobelet en tôle galvanisée. Le papier qui enveloppait la charcuterie servit de nappe et d'assiettes. La jupe et le corsage que je lui avais apportés étaient trop grands pour elle, mais lui allaient mieux que sa défroque noire. En mangeant, je lui dis que j'avais été élevé en France et que la femme n'avait pas été créée pour se dessécher dans un couvent, mais pour vivre, aimer, jouir. Elle écoutait en silence, les yeux baissés. Ce que je lui disais ne lui coupait pas l'appétit, car elle avalait comme si elle avait fait carême depuis un mois.

Quand j'eus assez parlé de moi, je lui demandai son nom : “ Incarnación ”, répondit-elle. Voyant qu'elle répondait, je lui posai d'autres questions. J’appris ainsi que, originaire de Manresa, et voulant rejoindre sa famille, elle allait à la gare lorsque l'orage l'avait surprise. À la fin du repas, je passai derrière elle pour prendre le café que j'avais mis à chauffer sur les braises et, après avoir posé la petite marmite sur la table, je me penchai pour embrasser son oreille pendant que mes mains, glissant sous ses bras, frôlaient les globes de sa poitrine. Un frisson la secoua. Je crus que c'était la peur qui la faisait trembler. Elle avait déjà mon poignard que je lui avais prêté pour couper son pain ; je sortis mon 9 millimètres et je le déposai doucement sur ses genoux en lui disant : “ Incarnación, vous êtes jolie, trop jolie pour qu'un homme ne vous désire pas. Laissez-moi vous caresser, vous aimer. Je suis désarmé, n'ayez plus peur de moi. ” De nouveau, je la caressai ; j'avais écarté son corsage et je sentais dans mes paumes la chaleur et la fermeté des seins pendant que ma langue butinait le lobe de son oreille. Je m'attendais à ce qu'elle se révolte, proteste de la voix ou du geste. Rien. Elle paraissait de marbre ; puis, lentement, je sentis se dresser ses tétons et ses seins durcir sous mes caresses. Sa tête s'appuya sur ma poitrine.

Lorsque je me réveillai, elle dormait, sa tête au creux de mon épaule. Le bruit d'une fusillade parvint jusqu'à moi. Je m'habillai à la hâte, je raflai sur la table mes armes et je courus vers la porte en faisant jouer la culasse de mon pistolet pour introduire une balle dans le canon. Les coups de feu s’approchaient toujours plus. Des détonations éclatèrent très près, puis ce fut le silence. J’ouvris la porte : deux hommes gisaient sur la chaussée, d'autres arrivaient en courant.
“ Que s'est-il passé ?
— Ce sont des phalangistes, ils ont jeté une bombe au syndicat, mais elle n'a pas éclaté. Qu'est-ce que tu fais par ici ?
— Je suis de garde. Salut ! ”
Après avoir échangé quelques mots avec les copains, je rentrai en vitesse. Je craignais qu'Incarnación, réveillée par la fusillade, ne sorte dans la rue. Le tableau n'avait en effet rien de ragoûtant, d'autant plus qu'un des deux hommes abattus n'était pas encore mort. Elle regardait justement ce qui se passait par le vide existant entre le dormant et la porte. Je remis en place le verrou et la chaîne et je la pris dans mes bras pour la déposer sur le sommier.
“ Ils sont morts ?
— Oui.
— Toi aussi, tu aurais pu être tué ?
— Ça pourrait m'arriver un jour ou l'autre. C'est la révolution. ”

Elle passa ses bras autour de mon cou. Ma bouche prit ses lèvres. Tout s'effaça : la peur, les dangers et la mort qui nous guettait peut-être au tournant de la rue. Plus tard, je l'ai accompagnée à la gare et j'ai regardé le train s'éloigner.
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MessagePosté le: Ven 16 Déc - 19:15 (2016)    Sujet du message: [Récit] Les vestiges du chaos Répondre en citant

Juillet 1936 récit de Bob

"C'est bien joli toutes ces théories, je vous rappelle aussi qu'on est invité à dîner chez Miguel, faudrait pas faire attendre..."
Justement, Miguel vient nous chercher. Le groupe le suit jusqu'à une maison à une étage. L'accès se fait par un escalier avec perron.
L'intérieur est constitué d'une grande pièce, une cuisine la jouxte. Un escalier monte à l'étage. Theresa est là, dans des nouveaux vêtements qui la changent radicalement. Une femme s'affaire en cuisine.
Miguel l'embrasse et lui explique la situation. Le groupe salue et aide à arranger la table pour accueillir autant de monde.
La mère ordonne à Juanita d'aller chercher de l'eau. Celle-ci prend deux grosses dames-jeannes et sort, je l'accompagne.
Elle refuse mon aide - sauf pour le pompage - et porte tout elle-même. On dirait qu'elle a l'habitude, la petite!
Lorsqu'elle semble trébucher, je m'élance pour la rattraper... et m'étale par terre. Elle rit. C'est un son merveilleux. Elle me tend la main pour m'aider à me relever, je l'entraîne vers moi et l'embrasse. Elle répond à mon baiser, puis me gifle! "C'est ça l'amour pour toi?" Je suis un peu interdit.
Le retour se fait sans histoire.
Le dîner, soupe, pain et vin, est très appétissant. La table est mise quand surgit un individu massif et surtout manifestement déjà ivre.
Il s'assoit avec difficulté à la tête de la table et fait savoir qu'il est le maître chez lui, qu'il ne partage pas ces idées de révolution, que personne ne lui prendra sa terre, etc. Il reproche à Miguel d'avoir la tête farcie d'idées fumeuses qu'on lui a inculquées "à la ville".
Miguel répond qu'il ira jusqu'au bout de ses idées.
Je monte à l'étage porter à son repas à Antonio. J'entends crier à l'étage du dessous. Je redescends et constate que les choses dégénèrent au point que le père nous chasse. On est loin de l'hébergement promis...
Miguel et le groupe vont à la mairie où se tient une réunion des hommes du villages et des brigades. David et Miguel y font un discours enthousiasmant. La lutte continue!
Soudain, des tirs et une explosion. Chacun se rue dehors ou aux fenêtres. Deux phalangistes ont tué des villageois à la grenade. Ils ont été abattus.
L'adolescent que David avait épargné est revenu...
Bertomieux nous confie la tâche de patrouiller dans le village pour déloger d'éventuels autres phalangistes.
On n'en a pas trouvé, et vu le bruit qu'on faisait en discutant en français, avec Miguel et Theresa qui demandaient la traduction, c'est un miracle que rien ne se soit produit. Les phalangistes devaient dormir, eux!
Nous retournons au campement de fortune, accompagnés de Miguel. Je lui prête ma couverture, j'estime qu'il en aura plus besoin que moi cette nuit.
Stan part avec Theresa. Chacun s'installe comme il peut.
Puis une main douce me réveille et une voix me dit d'un air espiègle : "Est-ce tu crois à l'amour, gringo?"
C'est Juanita, qui commence à s'installer à califourchon sur moi. Nous faisons l'amour dans un silence relatif. Chacun se donne à l'autre dans cet élan de vie! Oubliée la mort, oubliée la crasse, oubliée la faim! Cette nuit Juanita et moi ne sommes là seulement l'un pour l'autre.
Au matin, pendant qu'Inglès se fait du thé, le groupe se retrouve: Joe, David, Ted, Stan, Theresa, Miguel, Juanita et moi.
Certains ont fait des rêves étranges et similaires (David, Ted et Joe) tandis que d'autres ont passé la nuit dans les bras d'une femme aimante (Stan, Bob) et n'ont pas rêvé.
Je constate que Juanita a apporté le fusil que lui ai donné la veille.
Discussion: va-t'on à Saragosse suivre la nonne Dolorès? Comment faire sans l'appui de la colonne? Ira-t'on chez Don Ignacio?
On nous attend à Piña. L'irrigation du village est interrompue. Il faudra rétablir le bon fonctionnement du barrage.
Le groupe accepte cette tâche de la part de Bertomieux. Miguel se propose de nous guider.
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MessagePosté le: Lun 19 Déc - 09:02 (2016)    Sujet du message: [Récit] Les vestiges du chaos Répondre en citant

Eté 36, Aragon. Témoignage d'un survivant.

Une des opérations à laquelle j’ai participé avait pour objectif d’ouvrir une vanne et d’en fermer une autre pour que l’eau d’arrosage arrive à la huerta de Pina. Les écluses se situaient loin derrière
les lignes ennemies. Nous étions douze à participer à l’expédition. Chacun portait, en plus de ses armes, une petite musette de ciment spécial. Louis Berthomieu nous accompagnait. Les écluses n’étaient pas gardées : on fit le travail proprement. On ferma la vanne qui était ouverte et un spécialiste de ce genre de travaux bloqua le tout avec du ciment. Moi, je faisais le guet à une certaine distance du groupe de travailleurs et je ne sais pas comment ils exécutèrent leur boulot. Après nous être éloignés à bonne distance des écluses, nous tînmes un bref conciliabule. Étant donné le temps qui nous restait avant la levée du jour, nous ne pouvions pas suivre le même chemin qu’à l’aller. Nous décidâmes de prendre la voie la plus courte, droit devant nous. Le front n’était pas continu : il se présentait sur la carte comme une ligne en pointillés dont les points étaient séparés par des espaces plus ou moins importants selon les accidents du terrain.
Après une heure de marche relativement rapide, Louis nous fit signe de nous arrêter : nous étions au pied d’un mamelon.
Avec des gestes, il nous fit comprendre ce qu’il fallait faire, puis il commença à escalader la pente en rampant, avec cinq copains déployés derrière lui. Les six derniers, dont je faisais partie, devaient entreprendre l’escalade cinq minutes après, si tout restait calme.
Le jour pointait, on commençait à voir, au loin, se dessiner les sommets des monts de la sierra d’Alcubierre. On avait franchi la moitié de la côte, lorsque Louis nous appela à voix basse : «Vite, montez ! »

Ils avaient surpris les phalangistes endormis ; celui qui était de garde, assommé par un coup de crosse, n’avait pas fait « ouf ! ». Les autres ne s’étaient même pas réveillés : les navajas et les poignards seuls avaient opéré.
Le poste avait la forme d’un croissant. On avait aplani le sommet de la petite colline de façon à lui donner l’apparence d’un carton à chapeau d’à peu près un mètre de profondeur et quatre ou cinq de diamètre. Des corps étaient allongés le long de la paroi : ils paraissaient dormir. On se chargea de l’armement du poste : six
fusils, une mitrailleuse, un pistolet et avec les munitions on était plus chargés au retour qu’à l’aller. Une fois hors de vue des positions adverses, je m’aperçus que Berthomieu regardait souvent sa montre ; lui en ayant demandé la raison, il me répondit que la charge de dynamite devait sauter deux heures après la mise à feu et qu’il allait être le moment de bien ouvrir les oreilles si on voulait entendre l’explosion. Quelques minutes après, on entendit, presque en même temps, une détonation, assourdie par la distance, et les «Qui va là ? halte ! » de nos avant-postes.
L’eau coulait dans les canaux d’arrosage quand nous arrivâmes à Pina. Nous étions épuisés, notre randonnée avait duré presque vingt heures ; la Madre m’apporta mon souper au lit.
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MessagePosté le: Lun 19 Déc - 11:08 (2016)    Sujet du message: [Récit] Les vestiges du chaos Répondre en citant

Hola jeunes gens, qu'est ce qui vous amène dans cette région escarpée ? Turismo ? Buen buen ! Le pays est beau, n'est ce pas ? Une terre fertile, fière et loyale. Une terre de douleurs aussi. Mais avant tout une terre de courage. Connaissez vous la légende des hijos de la noche ? Cette histoire se déroule il y a bien longtemps, pendant la guerre civile. Mais tenez, prenez place autour de ma table, partageons la tortilla et le cariñena et je vous conterai cette légende. Vous ne pouvez pas refuser cela à un vieil homme qui fêtera bientôt ces cent ans.

Mirar, vous voyez ce pont de pierre là bas ? En 1936, une garnison franquiste s'y était retranchée avec pour ordre de stopper à tout prix l'avancée des armées populaires sur Saragosse. Plus de trente soldats surveillaient ainsi les abords de la route, sous la discipline de fer d'un colonel particulièrement sadique. Pas moins de quatre nids de mitrailleuses avaient été positionnés à des endroits stratégiques, rendant imprenable la position. Et bien vous me croirez si vous le voulez, mais seulement six hommes, d'une témérité sans pareil, réussirent à libérer la place forte. Sans munition, ni arme. Souriez jeunes gens, mais l'époque était à l'héroïsme.

Le premier, qui servait de guide au reste de la petite troupe, était un jeune homme de Piña au verbe aussi bouillonnant que son sang. Le deuxième était d'esprit si vif qu'à n'importe quel problème il trouvait une solution, comme si Dieu en personne était venu lui souffler la conduite à tenir. Le troisième était un américain si fort qu'il pouvait soulever deux hommes avec un seul bras tendu, sans que l'effort ne transparaisse sur son visage. L'un était d'une telle éloquence que tous ceux qui écoutaient ses paroles de justice sentaient se réveiller dans leur cœur la ferveur révolutionnaire. L'autre devait être fondeur, car il en appelait sans cesse à San-Etieno, leur saint patron. Enfin, le dernier était un anglais se dressant contre les exactions faîtes au peuple espagnol.

Ils ont traversé le fleuve déchaîné à la nage par une nuit de tempête, accrochés à de simples rondins de bois, affrontant un courant si puissant qu'il aurait emporté une voiture. Ils se sont agrippés aux fondations du pont et de là, telles des ombres, ont fondu sur la garnison nationaliste. Il faut s'imaginer ces hommes courageux trempés, gelés et exténués. Et pourtant, ils ont neutralisé les nids de mitrailleuses, capturé le vil colonel et obtenu la reddition des soldats, sans qu'aucun coup de feu ne soit tiré. Ce n'est pas tout ! Une fois réquisitionnées les armes des militaires, ils ont repoussé à coup de grenades les renforts franquistes. La précision de leur tir était comme guidée par la Vierge, à chaque explosion des dizaines de soldats tombaient. Promesa, avec cent hommes de cette trempe, la guerre civile aurait fini bien différemment.

Vous pensez que tout cela n'est que le délire d'un vieil homme, n'est ce pas ? Je vais vous dire, je n'étais à l'époque qu'un jeune berger mais aussi vrai que je m'appelle Diego Ruis, je me souviendrai toujours que les hijos de la noche m'ont sauvé la vie.

Toutefois, la légende ne s'arrête pas là. On raconte qu'un septième homme faisait partie de la troupe mais que, tout occupé à l'amour, il ne participa pas à l'assaut du pont. La légende dit aussi que ce septième homme avait une anatomie telle que l'on dressa un pilier en son honneur sur la place du marché de Piña. Mais cela reste une légende...

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MessagePosté le: Lun 19 Déc - 11:13 (2016)    Sujet du message: [Récit] Les vestiges du chaos Répondre en citant

Et pendant ce temps, à Piña, le commandant Berthomieu se demandait où il avait bien pu ranger sa paire de jumelles.
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MessagePosté le: Lun 19 Déc - 11:33 (2016)    Sujet du message: [Récit] Les vestiges du chaos Répondre en citant

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MessagePosté le: Mer 11 Jan - 13:40 (2017)    Sujet du message: [Récit] Les vestiges du chaos Répondre en citant

Sur le bord du sentier
Qui traversait la sierra
en plein jour, sans se cacher
Ils tuèrent Juanita.
Au pied des montagnes
Ses pitoyables bourreaux
Animés par la hargne
L’accusèrent de tous les maux.
Ils rirent... Ta révolution ne te sauvera pas...

Juanita tomba
du sang sur le front, du plomb dans l’estomac.
A Piña, elle fut tuée
Sa Piña – pauvre Piña ! – qu’elle avait tant aimée.

(librement inspiré du poème "El crimen fue en Granada", d'Antonio Machado)
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MessagePosté le: Dim 5 Fév - 20:11 (2017)    Sujet du message: [Récit] Les vestiges du chaos Répondre en citant


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MessagePosté le: Lun 6 Fév - 10:12 (2017)    Sujet du message: [Récit] Les vestiges du chaos Répondre en citant

Et oui, c'est là où vous vous apercevez que votre MJ est un imposteur et pille allègrement l'histoire européenne... Smile
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MessagePosté le: Lun 6 Fév - 10:26 (2017)    Sujet du message: [Récit] Les vestiges du chaos Répondre en citant

J'aime beaucoup cette page de Wikipédia alternative. Mort de Rire
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 05:09 (2017)    Sujet du message: [Récit] Les vestiges du chaos

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